Zakaria Garti

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En Novembre 2012, quand nous nous posions la question de la ligne éditoriale de Lioumness, nous nous entendions alors unanimement sur le caractère apolitique que nous souhaitions réserver à nos textes. La politique étant ce grand concept qui nous effrayait presque par son opacité et l'inopérance qu'on lui présumait, et par l'idée qu'il ne nous concernait finalement ni nous, ni nos jeunes Ness Lioum [ceux qui font bouger le Maroc et le Monde Arabe].

Nous faisions donc le choix quasi solennel de nous consacrer entièrement à la société civile et ses acteurs, bien que nous réalisions au fur et à mesure que la culture, qui est au coeur de notre projet, était politique de fait…

Minorer la politique et penser qu'elle est sinon obsolète, du moins impuissante, c'est s'extraire petit à petit de tout l'appareil organisant et exerçant le pouvoir, mais c'est surtout aussi alimenter de manière insidieuse le désintérêt des jeunes, et les exclure massivement du champ politique.

C'est alors que nous avons décidé d'aller à la rencontre de Zakaria Garti, président deTariq Ibnou Ziad Initiative (TIZI), associationqui oeuvre depuis 2011 à former les leaders de demain et à susciter des vocations politiques chez les jeunes.

TIZI
TIZI

Pendant les dernières élections communales et régionales, le dispositif mis en place par TIZI pour couvrir les élections était tel qu'il a permis de décoder la campagne pour les non-avertis d'entre nous, et de nous réconcilier presque avec le fait politique. Nous souhaitions donc en savoir plus sur le parcours de Zakaria, pour comprendre ce qui a mené ce jeune diplômé de l'EM Lyon à vouloir peser sur le débat politique national.

L'éveil de Zakaria à la chose publique et politique s'est fait en Arabie Saoudite où il a vécu quelques années pour des raisons familiales. Il s'est alors passionné pour les grands écrits de la pensée arabe, la théologie, l'histoire et ses leaders cultes, et ne s'en est jamais départi. Il a aussi embrassé les grands idéaux et fantasmes arabes, la nahda, le panarabisme…pour s'en détacher par la suite.

De retour au Maroc, il a intégré l'école publique, ce qu'il considère aujourd'hui comme une grande chance puisque cela lui a permis d'être au coeur de la société et de ses enjeux. Il y a aussi vécu son premier rendez-vous avec sa vie politique quand en 2003, après les attentats de Casablanca où l'un de ses camarades a trouvé la mort, il s'est avancé pour lire son oraison funèbre devant un escadron de ministres. Impressionnés par l'éloquence du jeune lycéen et la pertinence de son discours, il était pour eux le candidat tout désigné pour faire campagne dans les collèges et lycées, et prendre la parole contre le terrorisme et l'obscurantisme. Cette expérience lui a permis de se rendre compte, nous confie t-il, de l'importance de parler aux jeunes en se plaçant dans leurs système et corpus de valeurs, afin d'espérer les atteindre.

Zakaria s'envole ensuite pour la France où il poursuit ses études supérieures en sciences économiques et sociales, tout en continuant de suivre de près l'actualité politique dans le monde et ses grands moments d'histoire : le 11 septembre et le repli identitaire qui s'en est suivi, la chute de Bagdad en 2003, qui était pour lui "le jour le plus triste de [sa] vie, où il aurait préféré mourir plutôt que de vivre la chute de cette grande nation" et avec elle le rêve d'un destin arabe commun.

Dés lors, Zakaria a commencé à s'intéresser davantage au Maroc et à sa politique dans son environnement propre d'abord, et dans son ancrage africain ensuite, et attendait que l'occasion se présente pour mettre en oeuvre son engagement citoyen et politique.

C'est en septembre 2011, à son retour au Maroc, que son chemin croise celui de l'association TIZI, une structure apolitique qui s'intéresse à la politique, qui était alors à son balbutiement et travaillait encore à affiner son projet.

A l'époque, l'élan d'espoir laissé par les printemps arabes est encore vibrant et on se surprenait à rêver de grands changements. Même si Zakaria était lucideface à la situation puisque sans révolution culturelle les printemps arabes restaient inachevés, il s'est réjouit tout de même que les jeunes soient de nouveau au centre des préoccupations politiques. Seulement, il devenait nécessaire pour lui de former une réelle élite politique qui rallie cette fois-ci les jeunes et les réconcilie avec l'action politique.

les jeunes tizi
les jeunes tizi

Le projet TIZI prend donc de plus en plus forme et aspire à devenir une sorte de classes "prépa" pour intégrer les jeunes à la politique. Il multiplie les actions et les événements pour sensibiliser les jeunes à la chose politique comme les TIZI Coffee, des réunions en petits comités pour parler de problématiques concrètes ainsi que l'organisation de plusieurs interviews avec une quinzaine de candidats des différents partis; le TIZI Village qui est le 1er salon pour aller à la rencontre des partis politiques; les TIZI Awards qui récompensent chaque année des profils venant de sphères différentes pour leur action citoyenne, sociale, culturelle ou politique.

"Quand un mouvement né il est dans la sensibilisation, mais il faut rapidement qu'il devienne force de proposition."

C'est ce que n'a pas manqué de faire l'association en s'emparant de l'image et de la vidéo pour augmenter son impact et atteindre une cible jusque là négligée par les politiques. En faisant appel au grand intellectuel et caricaturiste Lahcen Bekhti, l'association fait campagne pour encourager les inscriptions sur les listes électorales, en profitant notamment du réseau de l'application Lik qui s'est jointe à leur combat et leur a permis d'atteindre plus de 200 000 personnes.

caricature tizi
caricature tizi

L'association a également couvert en direct les résultats des élections dernières grâce à un déploiement exceptionnel dans les QG des partis, réussissant parfois même à devancer les annonces officielles.

TIZI a prouvé par son engagement et sa transparence qu'il était désormais un acteur incontournable de la scène politique nationale. En jouant le rôle à la fois de think tank et de centre de formation pour une nouvelle élite politique, il est devenu l'interlocuteur de choix pour les politiques en place qui s'intéressent à la nouvelle génération de leaders politiques.

Zakaria ainsi que d'autres membres de l'association sont régulièrement les invités des principaux médias nationaux et sont de plus en plus sollicités pour leur expertise sur les jeunes et sur les moyens à mettre en oeuvre pour les atteindre et les intégrer. D'ailleurs, TIZI travaille en ce moment sur l'édition du Petit manuel du politique marocain, une sorte de "la politique pour les nuls" à paraître avant les élections prochaines, en arabe et en français.

Zakaria espère que dans 5 à 10 ans la première promotion TIZI de leaders politiques formés par l'association sera "aux affaires", et est persuadé que :

"La jeunesse est en marche au Maroc et personne ne l’arrêtera. Et ceux qui veulent l’arrêter n’ont rien compris au sens de l’histoire."