"Ya Layli" de Malca : désir, kitch et volupté

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On avait découvert avec excitation ses démos en mars dernier dans son studio de fortune casaoui, Malca est enfin de retour avec ce que les Inrocks qualifient déjà de "tube de l'été". L'année dernière il faisait une entrée magistrale dans la cour des grands avec "She gets too high" et ses quelques 65 000 vues sur Youtube. Là où il avait forcé le trait du kitch casaoui avec son clip parodique de AzizBerkani, "le roi de la pop marocaine" revient cette fois-ci avec un morceau aux accents RnB love et célèbre les amours contrariées qui choisissent l'épaisseur de la nuit pour exulter. Et si le renouveau de la pop arabe nous venait de Casa ?

Le clip, signé TBMA, qui a notamment collaboré avec Nekfeu, Woodini, ou encore RafSimmons, est un concentré de l'univers casaoui, entre saturation de couleurs et mélange des genres, renforcé par les créations ultra contemporaines de jeunes labels marocains inspirés eux aussi de cette pop culture atypique : la contrefaçon edgy des joteyas pour Jnoun et l'imaginaire télévisuel des bombers Grandaizer - comprendre Goldorak - de Yassine Morabite.  On découvre aussi un Malca fermement widady et tout ce qui finalement rend cette "jungle casablancaise" *wink wink* aussi unique, si difficile à ne pas détester.

Mais au-delà de son esthétique léchée et de son décalage assumé, il y a toujours un fond d'engagement plus complexe dans les chansons de Malca, qui justifie sa fascination pour le chaabi en réponse à une actualité où les "burquanoïdes" liberticides prennent de plus en plus de place dans l'espace publique. Il propose ainsi une plongée - en apnée - dans l'ambiance vaporeuse de la nuit casablancaise encore fantasmée, entre images subliminales du film de 42 et volutes de fumée émanant de la chaleur des cabarets; le tout toujours aussi bien glitché.

Côté son, on n'a pas peur de comparer le jeune casaoui à un Prince ou un FrankOcean qui ont chacun à leur façon révolutionné la pop et le rnb. Cette complainte entêtante dévoile une dimension nouvelle de la musique de Malca, sorte de sensualité digitale rétrofuturiste, arabe ! Là où la regrettée Aaliyah avait déjà samplé Warda en 2001 avec "Don't know what to tell ya", les sonorités orientales ici ne sont pas utilisées comme un ornement mais contribuent plutôt à signer une esthétique nouvelle de la pop arabe. En témoignent notamment les notes de oûd enregistrées avec le track dans les mythiques Studios Ferber qui ont accueilli de nombreux artistes depuis les années 1970, de Serge Gainsbourg à Metronomy en passant par FranzFerdinand et VanessaParadis...

Dans le cadre des séries ENCORE endez-vous le 3 septembre à la Villa des Arts de Casablanca pour le premier grand concert de Malca dans la métropole qui l'a vu grandir.