Tamino en live à La Cigale : Parce qu’on n’a pas assez d’une vie pour Habibi

Depuis la sortie de son premier album “Amir” en Septembre dernier, Tamino a déjà pris une autre dimension et la prestance qui va avec. Ses nouveaux arrangements sont aussi accordés à son exigence. Ce mercredi 6 mars, c’était à La Cigale - sold out - à Paris qu’on redécouvrait toute l’immensité de son talent et de sa sensibilité. Entre moments de grâce et extase, récit d’un concert déjà d’anthologie.

Crédit photos : Kamil Tahiri

Crédit photos : Kamil Tahiri

Tamino entre sur scène ailé d’un long manteau noir. On pense aux paroles de Perspehone, mais c’est sur Intervalles, en solo, qu’il ouvre le concert avec l’élégance troublante qu’on lui connait désormais. Dès les premières notes, comme disait le poète*, il emplit tout, la scène est sienne. Avec une forme d’assurance nouvelle, il interpèle le public sur le début de Cigar. Public hypnotisé qui ose à peine murmurer les paroles, incantations sacrées. 

Pas une seconde, on repense au fait que c’est son premier album, sa première tournée. Tamino a déjà l’allure et l’envergure des grands et on a le sentiment euphorisant d’assister à l’avènement d’une légende, d’un Jim Morisson ou d’un Jeff Buckley à qui on l’a déjà tant comparé. Ce genre de légendes que la culture clip boostée par les algorithmes ne crée plus. Ce genre de légendes intemporelles, première de notre génération ?

En parlant de légendes, c’est en remarquant qu’une basse s’est invitée sur So it goes, qu’on réalise que Colin Greenwood, le bassiste de Radiohead avec qui Tamino a composé Indigo Night, l’a discrètement rejoint sur scène. Et juste comme ça, il enchaîne 5 morceaux avec lui. C’est aussi énorme qu’évident. La dernière fois que Greenwood était sur la scène de La Cigale, c’était en 1996, l’année de naissance de Tamino. Il en plaisante lui-même. Car au-delà de son univers ténébreux, le jeune anversois prend un plaisir fou et ne s’en cache pas. Il a une sorte d’émerveillement d’enfant, une désinvolture qui résonne avec son aisance naturelle. Aux applaudissements passionnées du public, il répond « c’est fantastique ! ».

On est à la moitié du concert et c’est déjà un triomphe. Lorsqu’on l’avait interviewé en Septembre dernier, Tamino nous confiait ne pas encore savoir comment interpréter So it goes en live, un morceau enregistré avec un orchestre dans l’esprit de la firka égyptienne. Il hésitait alors à en faire quelque chose d’intime. Il a finalement opté une version furieuse et hypnotique, fracassante et sublime, fidèle à la grandeur orchestrale de l’originale. Lumière rouge, volutes de fumée, et notes envolées, on frise la transe, c’est spectral. 

Difficile de reprendre le micro et de couvrir l’ovation. Vient un cadeau inattendu : le premier couplet de La Javanaise de Gainsbourg, en coeur avec le public. Un moment de communion unique, qu’il enchaîne avec Verses, la balade la plus tendre de l’album. On est pendu à ses notes. Grand frisson. 

De la retenue à l’exaltation, l’intensité reste la même, jamais forcée. La setlist généreuse va jusqu’à proposer des titres qui ne figurent pas sur l’album comme Reverse, ou Smile, et ce que l’on comprend plus tard être l’ébauche d’un nouveau morceau. Habibi ne manque jamais de nous émouvoir, impossible de s’en lasser. L’homonyme du héros de La flûte enchantée tutoie les anges et nous envoie en orbite. On planera encore un moment après le concert, emportant avec nous des fragments de cet enchantement. Prochain rendez-vous parisien le 19 novembre à l’Olympia. Ce qui l’an dernier n’était pour lui qu’un rêve, Tamino le touche déjà du doigt.


  • Pablo Neruda, Pour que tu m’entendes (Para que tu me oigas) - Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée (1924)