Tala Saleh

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Nom: Tala SalehAge: 30 ans Occupation: Graphic Designer Localisation: Al Khobar, Arabie Saoudite

tala saleh

Tala Saleh fait partie de cette nouvelle vague de femmes saoudiennes qu’on ne soupçonne pas. (Nous reviendrons prochainement sur le premier film saoudien réalisé par une femme Wadjda, qui a été doublement primé au festival du film de Dubaï). Riche d’études de Graphic Design menées à l’étranger (notamment à Londres), Tala Saleh effectue une thèse de fin d’études sur les graffiti au Liban, Marking Beirut, et sur leur capacité à révéler les tensions qui sous-tendent une ville. Elle a ensuite créé The Studio Upstairs, agence de branding et de graphic design, et rejoint en parallèle l’équipe de Nuqat, une plateforme de communication pour les créatifs des pays du Golf et du Moyen Orient, à qui elle apporte son regard énergique et décalé. Nuqat est désormais devenu le grand rendez-vous annuel des artistes et créatifs du monde arabe, occasion à laquelle Younes Duret a rencontré Tala et choisi aujourd'hui de nous présenter son profil.

Tala Saleh a accepté de répondre aux questions de Lioumness sur la créativité dans le monde arabe et sur le rôle des femmes dans le processus de changement dans les sociétés arabes.

  • Tu as l’habitude de dire que le Graphic design est lié à l’imagination. Que penses-tu des sources d’imagination et d’inspiration dans le monde arabe ?

L’acte de création suppose de l’imagination. Aujourd’hui, personne n’est à cours d’imagination étant donné la quantité d’images à laquelle on est constamment exposés à travers les magazines, les panneaux publicitaires, les pubs Tv, YouTube, Internet, et plus encore. Peu importe où nous nous trouvons dans le monde, nous sommes exposés à des stimulis visuels, et ces stimulis sont ce qui provoque notre imagination. En ce qui concerne l’inspiration dans les pays Arabes, nous sommes riches de sources d’inspiration dans nos cultures. L’ouverture sur internet a peut être fait perdre de vue à nos jeunes ce qui nous rend si ”exotiques” pour les occidentaux, mais si l’on se penche davantage sur les richesses de nos cultures, nous reviendrions sûrement avec de nouvelles inspirations pour tout type de projet .

  • marking beirutTon livre Marking Beirut traite de la capacité qu’ont les graffiti à révéler une ville. Que penses-tu de la vague de street art dans les pays arabes ?

Marking Beirut, mon livre paru en 2009, entrevoit certes Beirut sous un angle politique, mais nous renseigne égalment sur les mouvements sociaux qui la traversent, et sur le caractère expressif des graffiti dans une société. Je pense que la nouvelle vague de graffitti dans les villes arabes, qui est devenue de plus en plus “populaire”, résulte de plusieurs années d’accumulation et de frustration, dans des communautés qui ne pouvaient pas ou qui ne savaient pas comment s’exprimer. Les Graffiti et le street art sont des moyens d’expression, non pas pour l’individu, mais pour la communauté. Ce phénomène qui s’est accentué ces 2 dernières années, spécialement durant les révolutions arabes, a permis au monde entier de découvrir ce que les communautés dans ces sociétés ont vécu, ce en quoi elles croient, et ce dont elles rêvent.

  • Tu es visiblement une femme saoudienne moderne. Que penses-tu du rôle clé que doivent jouer les femmes dans la transformation des sociétés arabes ?

Je ne suis pas sûre que “moderne” soit le mot juste, mais disons-le comme ça (rires) ! Les femmes ont toujours eu une place clé dans la transformation des sociétés. Que leurs voix aient été élevées ou non. Pour les sociétés arabes où les femmes sont reconnues et respectées, et donc protégées de différentes manières, je pense que les femmes sont en mesure d’apporter le changement. Cependant, pour que les femmes réussissent à porter le changement dans les pays arabes en tant qu’acteurs clés dans le façonnement de ces derniers, elles ont besoin de l’appui des hommes, et une fois celui-ci assuré, les femmes peuvent prendre des décisions effectives en tout liberté et devenir membres actifs dans la “modernisation” des sociétés. Si l’égalité homme/femme n’est pas assurée, il n’y aura aucune amorce de changement dans ces sociétés.