Shamablanca : Bienvenue à Casa !

483534_530035253687715_1551528896_n
483534_530035253687715_1551528896_n

 … elle n’est revenue au Maroc que pour, éclatante, briller, dire à ses parents divorcés, dire à ses soeurs toutes mariées, dire à ce monde qui l’a blessée de mille façons, à force d’hypocrisie, de portes fermées , de coups bas, de bavardages incessants, lui dire, comme Gainsbourg a dit, ivre, lui dire, avec les mots qu’invite l’alcool: fuck you.

A travers le personnage de Shama, 26 ans, marketeuse fraîchement diplômée de l’ESCP, Sonia Terrab décrit les difficultés de construire sa vie d’adulte et, a fortiori, de femme dans le Maroc d’aujourd’hui.

Si on pouvait s’attendre à un scénario amélioré de ce qu’aurait été Marock 2, sept ans plus tard, au retour de “Lalla Rita”; Shamablanca surprend par son ton caustique et ses propos crus qui traduisent le mal être et les interrogations d’une jeune fille, symbole de sa génération – perdue.

En 121 pages seulement, Sonia Terrab nous livre un texte parfois poétique et surtout très puissant. De façon provocatrice et incantatoire, l’auteur exprime l’amertume et la tension qui pèsent sur le personnage.

Si au début, le rythme impétueux et la virulence du texte peuvent décourager, on se retrouve vite transporté dans l’intimité de Shama, ses inbox, ses monologues intérieurs, ou encore les chansons qu’elle écoute. Un réalisme qui nous amène à nous prendre d’affection pour ce personnage que n’importe quel marocain connaît, de près ou de loin.

Seulement, Sonia Terrab soulève finalement beaucoup de questions auxquelles elle n’apporte pas de réponses, là où l’on attendait un exutoire absolu. Elle évoque pourtant courageusement les thèmes de la sexualité, de l’arrivisme ou de la religion, et dresse le portrait d’une société sclérosée par l’hypocrisie et l’archaïsme, à travers le prisme d’une jeunesse tourmentée. Shama en devient l’anti-héroïne de cette génération en quête d’absolution et au combat fatalement  incertain.