Safouane Ben Slama

Philosophie et film argentique

Nom : Safouane Ben Slama

Occupation : Photographe

Age : 29 ans

Localisation : Paris

C’est sur les bancs de la Sorbonne, au sortir de ses cours de philosophie, que Safouane Ben Slama voit sa créativité et ses aspirations artistiques se développer. La littérature forge sa pratique et le photographe autodidacte laisse peu à peu sa passion prendre le dessus.

Après avoir travaillé dans le domaine de la culture pour différentes institutions comme le Centre Pompidou à Paris où il a été médiateur culturel, Safouane voit sa carrière de photographe prendre plus d’ampleur. Il sera notamment exposé en Angleterre, en Italie dans le cadre du Festival photographique Frame Foto Festival et sera entre autre publié par les magazines Blackout et Fisheye.

De Jérusalem à Los Angeles en passant par la banlieue parisienne, Safouane vagabonde appareil photo à la main et questionne la dimension infinie du souvenir avec des clichés conceptuels et pleins de spontanéité. A travers ses prises de vues, on comprend que l’artiste accorde une place privilégiée à la présence humaine : qu’elle soit directe ou suggérée, c'est un élément clé de son travail. Parfois ultra-réalistes, parfois faites de compositions plus abstraites, ses photographies figent le temps et nous laissent la liberté d'y voir ce que l'on veut ou de compléter ses histoires.

Cela fait bientôt un an que nous suivons son travail depuis sa participation à la 9ème Biennale Internationale de Saint Etienne, rapidement suivie par la publication de son fanzine chez nos amis de TDTFpublishing, et en septembre prochain sortira un premier ouvrage sur son travail à Cuba « Izquierda Derecha Izquierda Volume I ». L'occasion de faire le point sur son parcours, de parler de ses inspirations, de sa vision de la photo, et de découvrir son HarragaBag. Rencontre. 


"La photographie me permet d’aller vers les gens, et j’aime mettre en lumière un certain minimalisme, des formes plutôt primaires."


  • Quand et surtout comment as-tu commencé la photographie ?

Je n’ai pas réellement de début de pratique, en tout cas pas de point fixe. Mon père est féru de photographie et nous avons toujours eu beaucoup d’appareils photo à la maison, j’ai eu la chance de pouvoir y toucher très tôt et de pas mal expérimenter. A la maison, nous avons des tonnes de photos souvenir qui vont de la jeunesse de mes grands-parents à nos dernières vacances… Je pense que depuis 2012 je prends la photographie très au sérieux, à l’époque j’étais étudiant en philosophie de l’art et je commençais à beaucoup m’y ennuyer, nous étions plus dans le commentaire et ma propre pratique prenait de plus en plus de place...Plus jeune je n’aurais jamais imaginé qu’un métier artistique pourrait devenir le mien, je faisais vraiment la différence entre mes passions pour le dessin, la musique et « le travail ». Ce n’est que "très tard", à environ 25 ans que je me suis mis en tête ce désir de faire de ma pratique artistique mon métier. Ce déclic je l’ai eu avec un long voyage que j’ai réalisé en Indonesie, les photographies que j’y ai réalisé ne sortent pourtant pas vraiment de l’ordinaire, mais c'était la première fois que je partais avec en tête l’idée de revenir avec des images, des images qui dépasseraient un peu la fonction de simple souvenir de vacances.

  • Qu'elles sont tes sources d'inspirations, qu'est ce qui anime ton envie de dégainer ton boîtier ?

Je lis beaucoup, depuis tout petit, je lis tout ce qui tombe entre mes mains, c’est comme ça que j’ai cultivé une grande curiosité. L’année de mes 20 ans j’ai lu Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline. Je ne sais pas si ça a eu une quelconque incidence sur ce que je fais aujourd’hui, mais j’en ai été profondément marqué, j’ai vraiment commencé à percevoir le monde différemment. Ma première source d'inspiration vient d’abord de mes interrogations, lorsque je commence à visualiser un lieu que j’ai pu apercevoir par bribes ou que j’imagine par des récits d’amis ou de ma famille. D’abord c’est ce qui m’entoure, même si je voyage beaucoup ce n’est pas toujours ce qui est le plus loin de moi qui va me donner envie de lancer un projet, en ce moment je travaille sur la banlieue parisienne, d’où je viens, un projet sur unterme plus long que ceux que j’ai pu réaliser jusqu’ici. J’ai aussi très envie de traverser le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, découvrir la Louisiane… Bref je pourrais ne pas m’arrêter en fait. Bien entendu quelques artistes et quelques oeuvres m’ont particulièrement inspirés, je pense notamment à ce que fait le réalisateur Steve Mcqueen (son film Hunger), au cinéma-réalité de Jean Rouch, à la photographie de Wolfgang Tillmans. Le documentaire sur le festival panafricain d'Alger réalisé par William Klein aussi. Ce sont des travaux qui m’ont donné envie de créer, qui me donnent je crois un regard particulier sur les choses. La photographie me permet d’aller vers les gens, et j’aime mettre en lumière un certain minimalisme, des formes plutôt primaires. Lorsque je prends des gens en photo j’ai le soucis premier qu’ils s’y sentent valorisés.

  • Qu'est-ce que la photo représente pour toi ? Avant de devenir un métier, c'était une passion, comment gères-tu la transition ?

D’abord la photographie a été et est toujours un moyen de se rappeler. Je réfléchis avant tout à ce que mes photos soient des images qui permettraient de nous renvoyer à notre propre mémoire collective, qu’elles trouvent un écho en nous. Je cultive donc l’idée qu’elles permettent le premier pas vers le souvenir, comme une porte qui s’ouvrirait. Il ne s’agit pas seulement de voir ce qui est représenté dans une image mais aussi de voir ce que l’on peut imaginer à travers celle-ci. J’aimerais aller au-delà de la forme première, je conçois mes images comme des oeuvres narratives ouvertes, j’ai le sentiment de disposer des décors et une sélection de personnages , ensuite libre au spectateur de les mettre différemment en scène, d’avoir une vision autre que la mienne. D’ailleurs dans ce registre de souvenir je viens de lancer un compte Instagram - Goldies from Africa - dans lequel je partage des images anciennes très intimes et personnelles d’Afrique qui m’appartiennent ou qui m'ont été transmises par des amis. J’interroge ici la valeur du document photographique en tant que témoin, des images qui n’avaient jamais été destinées à être diffusées auprès d’autres cercles que celui des personnes représentées. Elles ont d’ailleurs pour moi une forte valeur documentaire parce qu’elles racontent la vie réelle de nos parents ou amis. La photographie est pour moi à la fois un outil de création, elle me sert dans la construction d’un récit en image mais elle a aussi une grande valeur de témoignage d’un moment de nos vies, qu'il soit important ou insignifiant.

 

Si tu devais tout quitter et partir du jour au lendemain, qu’emporterais-tu avec toi ? Ton mac, ton bouquin préféré, ton chat ? Prépare ton Harraga Bag et raconte-nous son histoire…

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  • Don Quichotte de la Manche, un de mes livres préférés. Je ris tellement aux éclats en le lisant et je suis particulièrement admiratif de cet esprit chevaleresque.
  • Ma chemise hawaïenne dont je suis fou amoureux, j’attends encore le retour des beaux jours pour la sortir !
  • Un cigare cubain, à Cuba j’ai découvert le plaisir de fumer d’excellents cigares, un moment de méditation et de réflexion positive pour moi.
  • Mon appareil photo, un vieux modèle très robuste que j’aime particulièrement.
  • Une petite figurine issu du manga Dragon Ball dont je suis un immense fan…