Polyswitch

Au-delà des labels

Mouhcine fait partie de ces artistes qui cultivent la discrétion. L’allure étudiée et les traits du visage anguleux, l’air réfléchi presque sévère, il est peu bavard mais lorsqu’il parle de musique et qu’il sourit, son visage s’illumine. On se sent alors un peu privilégié de faire partie des happy few à être autorisés dans l’univers de ce passionné. Portrait.

Les amateurs de musique électronique connaissent plutôt Mohcine sous le nom de Polyswitch, DJ et producteur à l’origine des soirées Lostfrequency, série d’événements mensuels qui viennent apporter une alternative à la nuit casablancaise depuis 3 ans maintenant, et bien loin des clichés que l’on peut lui prêter. Car au-delà de son univers musical, Polyswitch se distingue par sa démarche, celle d’un vrai passionné à l’approche quasi scientifique dans sa façon de disséquer les sons et d'explorer les possibilités en terme de rencontres et de création.A rebours justement de la plupart des pratiques du milieu, c’est la production qui l’a amené à mixer, à commencer en 2010 avec son projet de fin d’études « Perceptions » qui, en collaboration avec l’artiste Kalamour, était destiné à combiner arts visuels et musique électronique.

C’est justement cette complexité qu’il a envie de développer, au delà des genres et de l'aspect technique. Intarissable sur ses références et incollable sur les détails autour de chaque morceau, artiste, ou style de musique, il nous parle aussi bien des BO de films de science fiction comme Alien ou BladeRunner et son compositeur grec oscarisé Vangelis, que la musique de mangas et de jeux vidéos, ou encore MilesDavis pour le jazz et JDilla en hip hop.

« Je n’aspire pas à être un DJ comme les autres, je n’aime pas les étiquettes; définir c’est limiter ! Mes sets peuvent varier d’un endroit à un autre, d’un public à un autre; je peux jouer du jazz ou de la soul comme ça peut être de la Techno ou de la house […] Avant j’écoutais de tout, et avant tout était bon. Aujourd’hui l’industrie musicale se satisfait d'un son plat, qui a perdu de sa profondeur, et ça a banalisé le travail artisanal sonore. »

Côté actualité il se produira le 2 septembre à la 1ère Edition du festival Atlas Electronic à Marrakech aux côtés de figures internationales comme DVS1Ryan Elliott, RomanFlügel, Masomenos, Funkineven, Bambounou et beaucoup d’autres.

A la rentrée toujours, Polyswitch signera la BO de Skefkef, bande dessinée du collectif pour la culture libre « OpenTaqafa ». Pour l’occasion, il prépare la sortie d’un EP deux morceaux dontl’artwork sera signé par l’artiste marocain Normal. Pour accompagner ses sonorités très rétro et downtempo,il s’essaie même à la basse en attendant de monter un nouveau projet live avec des musiciens.

Justement, pour ce mix très spécial, il s’est encore une fois assez éloigné de l’idée que l’on peut se faire de la musique électronique. Ici plutôt groovy et contemplatives, les couleurs et les textures des sons représentent véritablement son univers musical, à la fois cosmique et organique. Des sons très 90s, qu’il puise jusque dans ses playlists du collège et qu’il a rassemblé de manière totalement intuitive mais toujours avec ce sens particulier de la mesure, de l’éclectisme et du perfectionnisme. D’Aphex Twin à sa toute première découverte en terme de musique IDM* - "Bubble Life" de Squarepusher - on retrouve en intro des sons de synthés modulaires sur un fond ambient-dub, de la cumbia latino-américaine avec du beatbox, ou encore des chants traditionnels marocains arrangés par le japonais Susumo Yokota. Parmi ce véritable concentré de ses plus grandes influences, on compte, pour ne citer qu'eux, le compositeur originaire de DetroitMoodymannRobertGlaspert, maître incontesté du future jazz; MarkGiuliana, « l’un des meilleurs batteurs au monde », dont les enregistrements acoustiques sont subtilement couplés à de la musique électronique, ou encore LarryHeard, pionnier de la house music avec ses claviers qui rappellent les sonorités égyptiennes. 

Toute une vie en musiques donc, à écouter sur la route du retour des vacances, entre une certaine nostalgie revendiquée et un grand besoin de nouveauté.

* Intelligent Dance Music

Et pour les insatiables, son set d'avril dernier chez CODA FM, le podcast de l'école de musique éponyme :