Héritage : Hiam Abbas de l'autre côté de la caméra

Hiam Abbass, la belle, la grande, la vénérée. Celle dont les mots percent les silences. Celle dont les rides creusent les murs. Celle qui, actrice, a traversé les cinémas d’Europe et d’Amérique. Celle qui, aujourd’hui réalisatrice, frappe l’image comme on frappe le grain.

Son film tente la légèreté dans une région lourde. Lourde d’histoire. Lourde de malheurs. Parler d’une autre Palestine, celle des histoires de famille, des rejets, des blocages, les petits drames qu’abritent les grands drames. Les mariages mixtes, les questions de stérilité, d’impuissance, les passions intimes, les ébats douloureux, ceux que la caméra capte dans la géométrie d’une crucifixion.

Hiam évoque les questions d’héritage, de transmission, les valeurs auxquelles on s’attache, qu’on empoigne pour ne jamais lâcher, et celles qui se perdent, qui s’oublient, qu’on oublie, que les nouvelles générations délibérément occultent.

Parfois des révoltes personnelles, des vendettas de chambre à coucher, les choix d’une personne, qui concernent toute une famille, les secrets de polichinelle, les petits mouchoirs : une vraie histoire orientale.

La guerre ne nous a jamais empêché de vivre.

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Héritage tente une incursion dans le quotidien des oubliés, ceux qui ont continué de vivre, ceux qui se sont habitués aux explosions, au loin, ceux qui accrochent dans leur chambres des affiches de la Dolce Vita, ceux qui racontent des fables aux enfants, pour masquer les violences conjugales.

Et puis il y a Hafsia Herzi, son anglais, son arabe, sa liberté, qui à elle seule fait des tableaux. Son apathie parfois, celle d’un personnage qui ne se révolte pas malgré les humiliations. On repense à la Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche, et sans surprise on retrouve la grâce et l’hypnotisme d’une séquence de danse, une séquence de transe.

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Le film s’égare parfois dans la masse des personnages, les familles nombreuses, les chroniques variées de ce village de Galilée. On dirait un film choral, mais ce n’en est pas un, à vrai dire. Hiam Abbass s’appuie trop sur ces acteurs, n’assume pas entièrement la drôlerie des situations, ni la gravité des passés. Mais on l’excuse, on l’aime… non en fait, on est amoureux d’elle.

Le film commence par une vue aérienne, une caméra qu’on croirait suspendue à un drone qui survole le village, et se finit de la même façon. Une lucidité proustienne nous frappe, l’impression d’avoir capté en 300 pages (en 1h30 en l’occurrence), un fragment de vie, l’espace dense de quelques ridicules secondes, l’épaisseur d’une durée.