"Habibi" : la cover sentimentale de Lina Laraki

Artiste visuelle pluridisciplinaire, Lina Laraki, articule sa pratique sous différents mediums comme l'image, le son ou l'installation. Elle explore les affects et esthétiques liés au dispositif cinématographique en questionnant les rôles de l’espace, de la narration et du spectateur, dans le but de créer du lien, vers un art plus tendre. Cette tendresse, d’une sincérité ardente, jamais candide, on la retrouve dans sa reprise de la chanson “Habibi” à travers laquelle on découvrait l’artiste belgo-égyptien Tamino l’an dernier. En arabe et en français, elle livre une version terriblement sensible, à la fragilité maîtrisé, qui semble entrer en résonance avec l’originale de par sa simplicité intimiste; ponctuée par un soupir.

Cette reprise a priori légère, reste pourtant fidèle à l’expression du travail de l’artiste, à la fois acharné et détaché. Bien que “homemade” il lui aura fallut 113 prises pour l’enregistrement et plus de 5 mois pour concrétiser sa vision du clip. Elle explique : “aujourd’hui plus que jamais, on peut être particulièrement hybrides, mélanger l’esthétique années 80 à de la typographie arabe et des images scientifiques, et malgré tout procurer des émotions. Il s’agit d’accepter cette dynamique qui n’est pas toujours stable et constante mais plutôt explosive comme un big bang, et recomposer un tout à partir de débris, sans résistance".

Son travail visuel, Lina le compare - avec beaucoup d’esprit et un peu de désinvolture - à la musique raï, qui célèbre à la fois l’amour, le kitsch, l’auto-dérision, la souffrance, l’exil,… Tout ça à la fois. Lina revendique cette complexité autant que le fait d’appartenir à une génération d’artistes connectés par l’envie de se réapproprier leur propre histoire, au-delà des frontières et des discours populistes, notamment lorsqu’on pense à ce qui peut être attendu d’un artiste “arabe” et tous les fantasmes que l’occident peut projeter sur sa création.


“on se comprend, on crée des liens, on s’ouvre et expose nos vulnérabilités simplement parce que nous sommes des individus qui traversons les mêmes épreuves”


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“Voici donc le séquençage de mes sentiments”

“ Des visuels et un son lo-fi sous la jolie réverbe merdique d’un hammam. Ma mère dit que c’est mieux que Martin “Scossass”. Bénie soit-elle. Sur un autre point, je me suis débattue avec l’écriture de cette vidéo pendant des mois, mais le flux a démarré lors d'une conversation un jour de Noël ensoleillé, alors qu’on écoutait الجمعة الحزينة de Fairouz avec Juan Gomez Palao et qu’il m’a dit “ il y a tellement de sentiments dans une seule image, ne serait-ce que leur enchaînement est alors déjà une narration”. Des mots si beaux-puissants sur le rôle de l’image et du montage. Merci Juan. Voici donc le séquençage de mes sentiments.”