Fayçal Azizi

La liberté dans la peau

  • Nom : Fayçal Azizi

  • Occupation : Comédien, chanteur

  • Localisation : Rabat / Paris 

Avec la sortie de son nouveau titre "Makayn Bass", Fayçal Azizi se démarque sur la scène de la variété marocaine. Comédien, auteur, compositeur, et interprète, il est le symbole d'une génération qui cherche à la fois à se réconcilier avec la tradition et à être bien dans ses baskets. Avec lui, on parle de musique, d'art contemporain et de liberté, nous raconte son rôle le plus touchant et nous confie son amour pour Samira Said. Rencontre.

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  •  Parle-nous un peu de ton dernier titre Makayen Bass:

En fait Makayen Bass est un single qui est sorti il y a un an et demi. On a tourné le clip mais il y avait un petit souci de production donc il est sorti bien après. L’idée originale est de Fatima Zohra Lahouitar, c’est elle qui a écrit le scénario. On a décrit la situation des gens qui rêvent d’un lendemain meilleur et vivent cachés dans une sorte de tunnel. 

  • Tu travailles sur un nouvel album et sur de nouvelles choses. Est-ce-que cette chanson s’inscrit dans ce nouveau projet ? 

C’est une musique assez indépendante, et j’ai eu du mal à développer ça ici au Maroc. Je n'ai pas trouvé beaucoup de collaborateurs. C’est pour ça que je fais des allers retours entre la France et ici. On écrit ici à The Spot un studio à Rabat, et on développe avec des producteurs à Paris. Pour l’instant, et ça a l’air de bien prendre. 

  • Tu as participÉ au hasni Day, cet hommage rendu le 29 septembre dernier à Cheb Hasni à l’occasion de l’anniversaire de sa mort. comment est-ce que tu as vécu cette expérience ? 

Au début, je connaissais Malca que j'ai rencontré à Paris avec Mohamed Sqalli, son manager. Deux semaines plus tard, il me proposait de participer au Hasni day. Le raï ne fait pas partie des styles que je chante, mais ça reste une musique que j’ai beaucoup écouté dans la rue. A Tétouan, d'où je viens, le raï est très présent dans la culture populaire. Près de chez moi, il y avait un vendeur de cassettes qui mettait tout le temps Cheb Hasni, et je me suis rendu compte que je connaissais ses chansons par coeur. Et c’était l’occasion de ramener la musique de Hasni à mon univers. On a fait alors une version revisitée de Omri Omri, en collaboration avec Sacha Taillet.


"Fayçal est un jeune homme extrêmement complexe, dont la complexité est à l’image de la jeunesse de son pays. Et ce qui est cool avec cette complexité, c’est que ça donne des oeuvres artistiques hyper denses et hyper intéressantes."

- Mohamed Sqalli, directeur artistique


La complexité chez moi vient du fait que je me place beaucoup dans la recherche et la réflexion, ce qui ne veut pas dire que je ne sois pas quelqu’un de populaire, et on a tendance à dissocier les deux. Pour moi, cela devient plus intéressant quand on a une vraie culture populaire et qu’on est bien intégré dans la société. Il faut s’avoir intégrer cette culture populaire pour en faire quelque chose d’alternatif, et pas l’éviter en la méprisant. C’est une approche que je n’aime pas chez certains artistes que je trouve très prétentieux, et qui font des choses que seuls eux comprennent avec leur cercle d’amis, alors qu’il faut s’imprégner de son environnement et inviter d’autres gens à raconter ton histoire avec toi.  

  • Tu as commencé sur les planches. On voulait savoir ce que tu penses de la discipline du spectacle vivant aujourd’hui au Maroc. On est dans un contexte où il y a plein d’infrastructures qui sont entrain de se créer, des projets énormes comme les théâtres de Rabat et de Casa. 

Ce qui se passe c’est que les projets artistiques sont concentrées sur la production de l’oeuvre mais ils ne se soucient pas de la communication. Il faut tenir au courant les gens ! Et puis on devrait investir dans des petits théâtres de quartier d’abord pour attirer les gens et créer des habitudes, sans jamais forcer les choses. 

  • Je ne sais pas si tu seras d’accord avec moi mais ce qu’on remarque c’est que la plupart des artistes et des énergies créatives aujourd’hui viennent des milieux modestes, rarement des milieux favorisés ? 

Parce que ce sont des gens qui rêvent de devenir meilleurs et ont cette envie de se dépasser. Je n’aime pas catégoriser les gens, mais les personnes de milieux aisés proposent des choses de goût et ils sont dans un autre discours, de raffinement etc mais qui ne touchent pas la masse dans des pays comme le notre. 

  •  On t’a découvert à la base dans Kaboul Kitchen et on est tombées amoureuses de Habib qui crève l’écran avec Gilbert Melki.  Cette expérience t’a permis d’avoir des opportunités en France, pourquoi est-ce que tu as choisi de rester ? 

En 2011, j’ai eu toutes les raisons de quitter le Maroc et de commencer une carrière à l’étranger. Mais je me suis dit qu'il fallait que j’aide mon pays. Après je me suis aussi dit que pour faire avancer les choses ici il faut être bien entouré, et malheureusement on continue à croire que l’art ce n’est pas vraiment un boulot, pas un métier où on doit bosser jour et nuit. Surtout qu’au Maroc il faut faire trois plus d’efforts pour être reconnu. Cette année j'ai décidé d'aller travailler un peu plus à Paris, surtout que mon agent n’arrête pas de me proposer des projets et des castings, et pour l’instant ça a l’air de bien marcher là bas, dans la musique aussi et je ne m’y attendais pas. 

  • Tu as d’autres projets à l’écran, tu peux nous en parler ? 

C’est une série qui va être sur les plateformes comme Netflix, c’est une série qui a un titre provisoire, « Les engagés », où j’ai un rôle qui n'est pas stéréotypé, et je suis content parce que je joue le rôle d’un beurre sans être dans le cliché. 

  • Dans ta carrière tu as aussi choisi des projets ambitieux comme la Perruque de Karim Boukhari, est ce que tu peux nous en parler ? 

C’est un court-métrage qui a fait une tournée mondiale, mais au Maroc on ne le voit pas beaucoup et c’est en partie pour me protéger, même si ça ne me dérangerait pas qu’il soit diffusé. Il questionne beaucoup de choses, le cinéma au Maroc, la prostitution, le genre masculin arabe, beaucoup de choses qui sont rassemblées dans des tableaux sans voix, sans parole. Je trouvais l’idée géniale et audacieuse. Karim Boukhari m’a donné le scénario en me disant "lis-le, si tu dis non on ne fera pas le film". Il ne voulait personne d’autre. 

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" Une des expériences filmées où j’ai réellement senti que je jouais." 

  • Aujourd’hui tu vis à Rabat principalement, On dit en général qu’il se passe très peu de choses à Rabat ? qu’est ce que tu y fais ? Rassure-nous !

Rabat, c’est chez moi. Il y a le théâtre Mohammed V qui propose beaucoup de choses, La Renaissance qui est géniale avec ses concerts. Chez Dabateatr il y a une activité toutes les semaines. Après, dans tous les autres petits théâtres, il y a des ateliers. Par rapport aux autres villes, il y a aussi beaucoup de workshops de musique par exemple. Il faut juste se renseigner et chercher sur internet. 

  • Il y a quelque chose qu’on retrouve beaucoup sur tes publications, c’est #Hor . On a l’impression que la liberté est un sujet important pour toi… Pour toi c’est quoi être libre au Maroc ?

Hor, c'est mon tatouage. Je crois qu’au Maroc, t’es en mesure de vivre comme tu veux. Sauf que, ce sont les gens qui mettent une pression incroyable sur eux et sur les autres. Il n’y a aucun problème ni historiquement ni culturellement. Si on appliquait juste l’hymne national à la lettre, tout le monde vivrait mieux.


« Manbita al ahrar » là où les hommes libres naissent.


"Al Aahrar"  c’est un grand mot. Mais ce qui me pèsent ce sont les gens, cette schizophrénie qui fait qu'ils disent une chose et font l'inverse, qu'ils disent une chose quand tu es seul avec eux et le contraire devant les autres. Et ça c’est malsain, c’est dangereux. Il n’y a rien de pire qu’une personne qui semble moderne dans ses positions mais qui est hyper conservatrice au fond…un conflit interne qui se traduit par un poison qui affecte tout le monde. C’est toxique. Donc pour être libre il faut essayer d’éviter ça. Puis, il faut vivre pleinement ce qu’on aime, ce qu’on est, sans peur. 

  • On a parlé de Rabat, Tétouan, Paris, où est ce que tu te sens le plus libre ? 

Je suis libre partout ! Je suis la même personne où je vais parce que je ne suis pas le genre de personne à arriver à Paris par exemple et changer complètement. Je m’éclate ici comme là bas, je travaille ici comme là bas. Pour moi c’est la même chose, et je dois rester cohérent. C’est une sorte de protection. 

  • Parmi tes influences, il y a Samira Saïd. Parle-nous un peu d’ellE. 

C’est l’idole absolue. C’est quelqu’un qui a su assumer son art et elle innove tout le temps. Elle assume sa sensualité sans en faire trop. C’est une artiste divine pour moi, elle est incroyable. Il faut écouter ses albums, pas ce qu’on entend. Elle ose faire des choses dingues. Et moi j’adore ce qu’elle fait et je l’aime. Je ne la connait pas personnellement mais si je la croise un jour je pense que je pourrais m’évanouir. D’habitude, je ne suis pas quelqu’un de très démonstratif avec les personnes connues mais elle, c’est spécial.