De Bahrein à Mohamedia : 13 comptes Instagram à suivre

A l'heure où les photos Instagram s'exposent - et rapportent même parfois quelques dizaines de milliers de dollars... - et où les compteurs de followers des blogueuses explosent, nous avons choisi de vous livrer une petite sélection de nos comptes préférés qui vous feront voyager. Entre mode, photographie, art graphique et digital, passion foodie et vintage obsession : nos sources d’inspiration en une sélection de 13 comptes et presque autant de destinations.

@arabicstreetart : Quand la calligraphie se réconcilie avec la ruE

De New York au Caire en passant par Paris, Dubaï et Gaza, le "9alam" a cédé progressivement sa place aux bombes de peinture engagées. Light-calligraphy, calligraffiti, pochoir... Arabic Street Art comme son nom l'indique se donne pour simple mission de documenter toutes les manifestations de cette discipline qui a émergé dans la région avec les printemps arabes et se fait désormais une place sur la scène internationale. Entre pop culture et messages militants, le street art dans les pays arabes est devenu un véritable levier de réappropriation de l'espace urbain et vecteur de réconciliation.

Un objectif remarquablement bien illustré par le franco-tunisien El Seed, l'un des street artistes les plus reconnus de sa génération, qui en mars dernier a réalisé une immense fresque en anamorphose dans un quartier copte défavorisé et marginalisé du Caire. Le projet "Perception" aussitôt featuré sur @arabicstreetart est le fruit de près d'un an de travail de la part d'une trentaine de personnes sur 52 immeubles pour une surface totale de 300 mètres. « On a créé quelque-chose de beau tous ensemble, avec nos différentes origines, cultures et religions. Si ça peut faire changer d’avis ne serait-ce qu’une personne, alors on aura atteint notre objectif. » avait confié l'artiste au magazine Jeune Afrique.

 

@mysoukinthecity : L'e-picentre de la nouvelle mode arabe

E-shop basé à paris, My Souk In The City réunit le fleuron de la mode arabe à travers une sélection exclusive de 21 labels. Si la part belle est donnée - sans surprises - aux libanais, on compte aussi bien des créateurs émiratis, que jordaniens, égyptiens, syriens, ou encore tunisiens.

Côté marocains, on retrouve nos chouchous : le studio créatif Jnoun, New Tangier, et My Killim Shop, et on découvre même Myriem, une marque de beachwear lancée en 2013 par Meriem Midra

Loin des projets semi-artisanaux bricolés et des gros clichés de la mode orientale, les marques présentées sur My Souk In The City sont peut-être encore émergentes mais n'en demeurent pas moins solidement installées, et chacune avec son univers pose ce qu'on imagine être les codes - enfin universels - du renouveau de la mode arabe. Très orienté contenu, le site web offre aussi une dimension magazine qui met en lumière des évènements autour de la Méditerranée, donne des conseils pour mieux s'approprier les tendances actuelles ou encore propose des interviews de créateurs pour mieux comprendre leur démarche.

Leur compte Instagram - hyper esthétique - est donc naturellement le moyen le plus immédiat pour faire des découvertes pointues et rester au fait de la création arabe. Si les prix sont des prix de créateurs, rien de nous empêche de faire du lèche-screen, d'autant qu'il y a souvent des promos et que certaines pièces d'appel restent abordables et sont souvent-même responsables, comme les bikinis éco-friendly de Pamela De Beaumane, qui figurent parmi les préférés d'Une Libanaise à Paris. Chut on ne vous a rien dit !

 

@lemagazinenoir : Building an African dream

A l'ère de l'hégémonie de Queen B et Princess Riri, Le Magazine Noir célèbre la beauté noire et le lifestyle africain avec une esthétique léchée et des partis pris assumés. Sur le compte Instagram du magazine, on retrouve pèle-mêle des photos - exclusivement en noir & blanc - d'icônes de la mode comme l'ex-mannequin Bethann Hardisson, de la pop culture avec Janet Jackson, ou encore des clichés d'artistes commeSeydou Keita, des citations féministes à la Oprah, et bien sûr, des extraits des éditos du magazine dont la direction artistique est assurée par le marocain Mehdi Sefrioui, photographe de mode autodidacte et sacrément doué, qu'on suit religieusement depuis ses débuts. Au-delà de la tendance "l'Afrique c'est chic", l'histoire de Noir est celle d'une véritable entrepreneuse qui porte un projet aussi cohérent qu'ambitieux et engagé.

Sarah Diouf, moitié sénégalaise, un quart centrafricaine, et un quart congolaise, a grandi à Abidjan et a poursuivi ses études à Paris. En 2009 après un terrible accident de voiture qui la pousse à se poser des questions existentielles du type "qu'est ce que j'ai envie de faire de ma vie ? quelle personne ai-je envie de devenir", elle lance Ghubar, magazine en ligne qui promeut la création émergente et la beauté telle qu'elle n'est pas représentée ailleurs. Forte de cette expérience qu'elle veut dès le départ très professionnelle, elle récidive avec Noir, un magazine haut de gramme africain revendiqué, biannuel et transgénérationnel, dédié à la Femme Noire. "Je rêve d'une Afrique guérie de ses blessures dues à une façon de penser qui nous a limités pendant trop longtemps. C'est le moment de construire quelque chose de sur, fort et prometteur qui viennent challenger le reste du monde avec des atouts qui n'appartiennent qu'à nous et à personne d'autre." peut-on lire en conclusion de la bio de la jeune entrepreneuse qui depuis a créé sa marque de prêt-à-porter made in Africa.

 

@yusefalahmad : Design graphique psychédélique et néo art islamique

Graphic designer originaire d'Arabie Saoudite basé à San Francisco, Yusef Al Ahmad jongle entre optical art, calligraphie et art islamique pour créer des compositions psychédéliques hyper colorées. En bon designer, il est obsédé par la typographie et la langue arabe est pour lui un formidable terrain d'expérimentation. Matières, couleurs, médiums, son approche est aussi éclectique que sensible et intuitive. Si certaines de ses oeuvres sont purement esthétiques, d'autres, plus figuratives, sont également engagées - notamment sa série sur les femmes - et cherchent à transmettre des messages en essayant de représenter la société saoudienne contemporaine, à travers son propre prisme. Très intéressé par l'émulation artistique naissante que connait son pays d'origine, il expose et donne des conférences dans de nombreuses villes du Golf - et du monde ! - et dédie même sa thèse universitaire à "L'augmentation des exigences en matière de design graphique en Arabie Saoudite"; une démarche et des principes anti "self-exotisation" comparables à ceux du libanais Tarek Atrissi qu'on vous présentait il y a quelques années.

En totale rupture avec la sobriété qu'on connait aux arts islamiques, ses artworks éclatants empreints de culture digitale viennent même habiller des objets du quotidien : coques d'iPhones, skateboards, livres, etc. Et entre deux publications dans des magazines de la région (Oasis, Kalimat, ...) ce passionné de street art partage également sur son compte instagram des photos de murs signés Ernest Doty, Jessica Sabogal ou encore Zio Ziegler.

 

@meriembennani : La puissance de l'absurde

Avant d'être l'hémisphère droit du studio créatif Jnoun créé en 2014 avec sa soeur Zahra, Meriem Bennani est avant tout une artiste visuelle et son médium préféré, c'est la vidéo. Diplômée des Arts Déco à Paris et de la Cooper Union à NY, la jeune rbatie vient de signer le dernier clip de Flavien Berger  et a été exposée au MoMA PS1 à NY, à la Saatchi Gallery de Londres, et au Palais de Tokyo à Paris... Et tout ça, rien que sur la dernière année !

Mais pour véritablement connaître le travail de Meriem, c'est sur Instagram que ça se passe. Véritable galerie expérimentale, elle y détourne des images de son quotidien ou commente l'actualité - un meeting de Trump, au hasard - avec beaucoup d'humour, et autant d'effets spéciaux."Une grande partie de mon travail est très pop et digeste, je le fais avec plaisir, mais cela demande un travail tellement intense que ça en devient presque pathologique" confie-t-elle au New York Times. Cela dit attention, au-delà de son univers totalement WTF où les passants portent des tranches de fromages sur la tête, il y a une véritable réflexion dans sa façon de tourner en dérision les idiomes de la culture internet, selfies et emojis à l'appui. Il y a donc différentes strates à percevoir dans son travail, du plus absurde au plus élaboré. D'un côté, "Firdaous Funjab", une fake téléréalité mettant en scène une créatrice de hijabs délurée; de l'autre, "Gradual Kingdom", faisant écho à la crise du sable, surexploité dans la création d'îlots artificiels aux Emirats, et qui représente à la fois les loisirs et la construction."Work vs Play", deux notions, souvent en tension dans les pays en développement comme le Maroc, qui reste sa plus grande source d'inspiration.

 

@hudabeydoun : Arabie arty

Artiste pluridisciplinaire née à Jeddah avec un background scolaire en psychologie spécialisée en autisme, Huda Beydoun trouve à travers la peinture, le dessin, la photographie et l'art digital son meilleur moyen d'expression. 

De son obsession pour le personnage de Mickey Mouse et des questions sociales, elle développe "The undocumented series", des photographies en noir et blanc où elle remplace les immigrés clandestins par le personnage de Disney, symbole de la pop culture occidentale, de la joie et de l'innocence. Sa série d'artwork digitaux lui vaut une reconnaissance internationale qui la pousse en 2015 à participer à l'exposition collective de Dismaland, parc d'attraction dystopique et éphémère créé de toutes pièces par le street artist Bansky. Aux côtés d'un Damien Hirst ou d'un James Joyce, elle est la seule femme parmi les 7 artistes arabes sélectionnés à représenter l'Arabie Saoudite.

Véritable vitrine de l'actualité de l'art contemporain par ailleurs, celle dont Picasso et Jackson Pollock sont les pères spirituels, court souvent les grandes expositions européennes, de la Fiac à Paris à la Saatchi Gallery, et poste régulièrement des photos d'oeuvres d'artistes - hyper côtés - qui l'inspirent  comme le peintre américain Kehinde Wiley, l'artiste visuel écossais Jim Lambie, ou encore le coréen Kim Byungkwan. Mais surtout, Huda offre un certain regard sur l'Arabie Saoudite, version arty et branchée, elle qui, sapée en abaya / Nike, s'exporte partout dans le monde tout en restant bien dans ses baskets.

 

@qoutmarket : More than just a market ! 

Depuis 2013, le Qout Market est une plateforme au Koweit qui réunit agriculteurs, artisans et amateurs de cuisine pour partager leur passion avec la communauté locale. Marché saisonnier et artisanal qui propose des produits sains sélectionnés avec soin, Qout Market est à l’initiative de plusieurs évènements, workshops, et excursions visants à soutenir la production locale tout en créant des moments de partage. Le critère de sélection ? La qualité, la passion, et le sens de l'engagement et de la communauté.

Depuis, le marché s'est ouvert aux jeunes créateurs et compte aujourd'hui plus de 21 nationalités parmi ses vendeurs. Un espace est toujours dédié aux enfants et le tout, accompagné de musique live.

La street food ne serait-elle pas après tout le premier vecteur d'occupation de l'espace urbain ? Sur Instagram en tous cas, la nourriture est alléchante et la communication, grâce à son graphisme léché, ses messages pleins d'attention, et ses opérations de street marketing ingénieuses, est hyper inspirante !

 

@vintagemaroc : Collectionneur de souvenirs étrangers

Mosaïque de photos d’époque, cartes postales anciennes, et autres archives, Vintage Maroc collectionne des images précieuses témoignant de l'évolution architecturale, culturelle et sociale du Royaume. Ouvert par Jonah Gold à son départ du Maroc, le compte Instagram entretien cette nostalgie pour un temps que le jeune américain passionné du Monde Arabe et de Coopération Internationale n'a pas connu.

En 2012, alors qu'il était installé dans le quartier Hassan à Rabat et qu'il travaillait pour le compte de l'ONG Amideast, il nous livrait sa vision du Maroc contemporain dans sa chronique "How to make it in Morocco"  et proposait ses conseils d'expat à qui veut profiter au mieux de son expérience. Aujourd'hui, sa générosité outre-atlantique nous offre de formidables vestiges de notre mémoire collective. La magie d'internet ! 

 

@malinfezehai : Réfugiés sans frontières

Photographe et réalisatrice, moitié érythréenne - moitié suédoise, Malin Fezehai arpente le monde pour témoigner du sort des populations déplacées et réfugiées. En 2014 ses photographies de chercheurs d'asile africains retenus dans des centres de détention en Israël a été diffusée dans la section "Lightbox" du Time Magazine et en 2015 elle reçoit le Wallis Annenberg Prize qui récompense le photo-journalisme et fait partie des 30 photographes émergents à suivre selon Photo District News. Sa photo d'un mariage érythréen en Israël est la première photo iPhone à recevoir un prix international.

Qu'elle soit reporter de l'investiture de Trump pour Vogue ou commissionnée par le New York Times pour photographier des chorégraphes qui explorent la nudité, Malin place toujours l'humain, les corps, les visages, les expressions, au centre de travaux. Le reste du temps, elle parcourt le monde pour faire les portraits de ces personnes oubliées qui font pourtant la une des JT; les réfugiés. Des clichés vibrants, hyper touchants, qui leur permettent de voyager virtuellement à travers ses nombreuses publications.

 

@sirneave : NSFW made in Iran

"Ca commence toujours avec la lumière. Tout se met en place dès lors que j'ai trouvé le spot avec la bonne lumière." Ces mots confiés au label de street culture The Hundreds résument bien le travail de Neave Bozorgi. Le jeune photographe autodidacte de 32 ans ne travaille d'ailleurs qu'à la lumière naturelle pour développer, depuis 2011, l'art de la suggestion.

Né en Californie à la fin des années 1980, Neave a grandi entre un petit village près de Téhéran et la banlieue de Los Angeles. A peine diplômé en design, son virage en photographie lui vaut très vite la reconnaissance des médias. Son approche du nu, très inspirée de la photo d'avant les années 90, est à la fois très intime, élégante, jamais aguichante, et pourtant terriblement puissante, portée par un jeu de clair-obscur maîtrisé. On reconnaît d'ailleurs l'influence d'un Helmut Newton qui voit dans ses modèles des femmes fortes, confiantes et affirmées. Le paroxysme du "sexy" pour le photographe.

D'un côté l'ombre, la pudeur, l'Iran, de l'autre, la lumière, la sensualité, la Californie. Cette dualité est certainement ce qui donne ce supplément d'âme effortless aux clichés lascifs de Bozorgi.

Avec ses 237k followers, Instagram est un véritable outil de travail pour l'artiste qui s'en sert pour exposer son travail et rencontrer de nouveaux modèles comme Kylie Jenner, en toute simplicité. Mais attention, son ambition dépasse le caractère éphémère de l'application. Son rêve ? "Créer des images iconiques, qui durent".

 

@ghanka7louha : Sea Surf and Sun

Comme le disait Celine, "voyager c'est utile, ça fait travailler l'imagination", et ça, Tarik Raiss l'a bien compris. Ce designer autodidacte - oui encore ! - de Mohamedia a travaillé pendant 3 ans en entreprise, un temps qu'il a partagé entre son engagement associatif auprès d'SOS Jeunes et son groupe de musique The False Name aka Snakerap. Et puis un jour, comme beaucoup de jeunes de sa génération, il décide de tout plaquer et de commencer à faire les choses à sa façon. Depuis il est devenu freelancer mais a surtout entrepris le voyage d'une vie : traverser le Maroc en longboard.

Un récit qu'il raconte à travers son compte Instagram soigneusement présenté sous le pseudo ironique :  @ghanka7louha. Une façon de se moquer des superstitions et croyances populaires pour nous suggérer plutôt d'arrêter de nous inquiéter et de réaliser nos rêves. Depuis, impossible de l'arrêter : il fait désormais partie de ces explorateurs modernes et insatiables à la Into the Wild, même si on retrouve toujours la patte du graphiste. D'ailleurs, on vous conseille de consulter son compte sur grand écran, c'est d'autant plus impressionnant. 

 

@themannai : Chimères numériques  

Si on ne sait pas grand chose d'Ahmed Al Mannai et qu'il est plutôt économe en terme de publications, chacune de ses compositions - numérotées d'ailleurs - est un véritable enchantement. Evoluant entre Londres et Bahrain, l'artiste explore ce qu'on imagine être son propre "choc culturel" en faisant se rencontrer les lieux, les époques, et les cultures. Ses photos sont des sortes de chimères, pleines de poésie et totalement hors du temps. Entre réalité et onirisme, un tutu de ballerine devient une méduse, une modeuse se mue en tigresse au style féroce, et le David de Michel-Ange fait du skate avec une prothèse. Toujours avec un brin de malice et de "philosophie de timeline", les collages d'Ahmed surprennent souvent, font sourire, et même parfois réfléchir. Car comme la plupart des artistes contemporains, et a fortiori "arabes",  il semble ne pas vouloir exclure l'actualité sans en faire pour autant le coeur de son travail.

La légèreté de ses fables hybrides et anachroniques permet peut-être précisément d'appliquer la distance nécessaire pour appréhender différemment les grandes catastrophes de notre temps. En mars dernier, il réinterprètait justement la photo du père palestinien qui donne le bain à ses enfants dans leur maison en ruine, suggérant que le bonheur n'est peut-être finalement pas dans notre petit bulle !

 

@zamaaan : Il était une fois

Autre compte dédié à la réminiscence et à la nostalgie, Zamaaan a la particularité de traverser l’Histoire des pays du monde arabe à travers les photos personnelles de famille. Partir des petites histoires pour retracer le passé de la région, c'est le parti pris de la mauritanienne Fatima Mussa, aussi à l'origine du compte @arabictypography. Ses photos sont crowd-sourcées et tout le monde peut ainsi faire des soumissions et participer à cet incroyable archivage de la mémoire collective arabe. Le mariage de ses grand-parents, les vacances à la plages, les fêtes, les cérémonies... C'est tout un pan d'une certaine esthétique arabe qu'on redécouvre, et cette allure, à la fois fière et décomplexée d'un âge d'or regretté.