25 ans de créativité arabe

Institut du Monde Arabe, Paris. Novembre 2012.

25 ans de créativité arabe, enfin célébrés à Paris. Entre l’aile du Louvre dédiée aux arts islamiques, et le nouveau musée de l’Institut du Monde Arabe, le regain d’attention pour la création arabo-musulmane fait mouche. Et pour cause, cette création vaut le détour, et cette première rétrospective est là pour en témoigner.

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Nous nous sommes rendus à l’Institut de Monde Arabe donc, et nous vous racontons ce que nous y avons vu.

Avant de passer le portique de sécurité, une première installation annonce l’exposition. Un amas de pneus, brodés de tissus de couleur, habillés des plus fines matières. C’est le cri de fatigue du Studio libanais Bokja Design, une manifestation contre les manifestations, une réhabilitation de tous ces pneus brûlés, qui bloquent les routes de Beyrouth, et plongent la ville dans l’insécurité, au moindre embrasement dans la région.

On descend ensuite les escaliers menant à la galerie, et on oublie la révolte quelques instants. On est frappés d’abord par des travaux photographiques qui semblent presque amateurs, puis on apprend que ce sont des tirages argentiques en noir et blanc en fait, colorés à la main. Un flux et reflux de vagues d’un bleu surnaturel, et une figure crépusculaire de vieil homme de dos. Les photos se ressembleraient presque, si on ne remarquait pas la tension de cette figure humaine vers l’infini de l’océan, et sa disparition certaine au 4ème cliché. C’est une allégorie du temps et de la mort, facile peut-être, mais violemment émouvante. L’égyptien Youssef Nabil, qu’on connaît par ses portraits de stars, nous démontre encore une fois que ses couleurs et sa technique, servent un imaginaire sous-tendu, de profondes rêveries, et ici un syncrétisme spirituel qui emprunte à la religion musulmane et se nourrit des symboles judéo-chrétiens et des grandes pensées panthéistes.

Le ton est donné. Ne vous attendez pas à un regard régressif sur un quelconque passé des sociétés arabes, il s’agira ici de la création arabe la plus contemporaine, et par contemporaine il faut entendre une création de son temps (ndlr : Ness Lioum ?), souvent l’œuvre d’artistes qui ont été ou sont à ce jour expatriés, exilés, déracinés.

Plus loin dans la galerie, on découvre la projection de Mounir FatmiLes Temps Modernes. Après l’appel au scandale et la censure de son installation à Toulouse (plus d’informations ici), il nous revient avec un travail moins polémique, mais graphiquement hypnotique. Une réflexion sur l’industrialisation dans le monde arabe, faite d’engrenages et de prose.

Plus interactif cette fois, des ordinateurs nous proposent de jouer à un Cadavre Exquis en langue arabe. L’occasion de s’émerveiller devant des rencontres heureuses et insoupçonnées entre les mots et les verbes.

Et puis le choc, l’installation sous verre du saoudien Ahmed MaterMagnetism. Un aimant noir et ce qu’on imagine être des brindilles de fer dressées autour. Une reconstitution de la gravitation surréelle des pèlerins musulmans autour de la Kaaba. Rencontre prodigieuse entre les lois de la physique et les croyances populaires et mystiques.

Enfin, sans vous révéler toute la richesse de cette exploration de la scène créative contemporaine arabe, on vous invite à faire un tour dans le mobile-art de Zaha Hadid à l’extérieur de l’Institut. On sourit devant une anthologie de textos d’amour en arabe, probablement recueillis sur les chaînes musicales du moyen-orient, en dessous des clips vidéo de Nancy Ajram et autres popstars de la région. On est fiers des sculptures jumelles du marocain Mahi Binebine. Et on se plaît à déchiffrer les drapeaux accrochés, en teintes de blanc et de beige, des différents pays arabes.

Le mérite d’une telle rétrospective est de pouvoir définir à la fin du parcours une spécificité de la création arabe contemporaine, malgré les différents chemins qu’elle emprunte. Une création ancrée dans les plaines parfois dévastées de ses origines, et les yeux rivés vers les cieux irréguliers de ces terres d’accueil. Une création qui porte l’espoir d’une renaissance arabe, et le désenchantement amorcé des sociétés occidentales.