1ère édition du forum des Panafricaines : rien à célébrer, tout à construire !

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Hier s'est clôturé à Marrakech la première édition des Panafricaines, initiées par Radio 2M, en collaboration avec le Comité Parité et Diversité de la chaîne. L'évènement, pensé en deux temps avec d'abord un voyage de presse pour 60 femmes journalistes venues de 22 pays de l'Afrique francophone, puis une rencontre avec leurs homologues marocaines sous forme de conférence / workshop, avait pour objectif d'établir une charte de principes et de valeurs, socle commun de travail pour construire un réseau de collaboration pérenne. Retour sur les temps forts de cette rencontre marquante de la Journée Internationale des droits des Femmes au Maroc.

Le 8 mars, un prétexte pour questionner les conditions de travail des femmes journalistes et proposer des solutions

"Au risque de choquer, je n'aime pas le 8 mars" , a déclaré sans détours Samira Sitaïl en clôture de la plénière du forum des Panafricaines. La directrice générale adjointe de 2M en charge de l'information rejette en effet ce qu'est devenue cette date alors que, comme chacune des intervenante s'est employée à le rappeler, le chemin est encore long et laborieux pour espérer un jour arriver à l'égalité des droits et des chances. L'enjeu des Panafricaines est donc là : incarner le changement qu'on espère apporter au continent et s'unir pour mieux réussir ensemble.

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Directrices de publications, rédactrices en chef et journalistes, toutes sont pour la plupart militantes et parlent de leur expérience et de leur influence, en tant que leaders d'opinion et acteurs médiatiques, dans le développement de leurs pays. A titre d'exemples, Silué-Epsé Konaté, directrice générale de Radio Côte d'Ivoire raconte le rôle fédérateur de sa chaîne dans un pays en crise; Aicha Akalay, directrice de publication de Tel Quel, explique comment elle tourne à son avantage le sexisme ordinaire et rejette la discrimination positive au sein de sa rédaction; et Afiwa Mata Ahoudjogbé, présidente de l'association des femmes journalistes de Guinée Conarkry, rappelle l'importance de défaire les constructions sociales négatives que les gens ont des femmes actives et indépendantes.

Amina Niandou, Niger: "nos médias continuent à véhiculer des stéréotypes dégradants. Les femmes n'apparaissent pas en tant que modèles" pic.twitter.com/Z2huVlLPVo

— Najlae B.B. (@najlaebb) March 8, 2017

"C'est à nous d'œuvrer pour ne pas être juste une présence, mais être compétitives et compétentes" Amina Niandou, Niger #panafricaines

— Lioumness (@Lioumness) March 8, 2017

"Se penser en tant que femme qd on dirige un magazine est une erreur fondamentale, c'est dans l'adversité qu'on fait du bon boulot"A. Akalay

— Lioumness (@Lioumness) March 8, 2017

"J'aimerais qu'on évite de parler de la femme journaliste africaine comme d'une race à part" Souad El Tayeb, Radio Monte Carlo Doualiya

— Lioumness (@Lioumness) March 8, 2017

Parmi les mesures présentées à cette occasion, Leila Rhiwi, représentante de l'ONU Femmes pour le Maghreb, a annoncé la signature imminente d'une convention contre les stéréotypes dans les médias avec la HACA, Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle; et Khadija Boujanoui, présidente du Comité Parité & Diversité de 2M, a révélé le lancement de la plateforme Africa Women Expert, moins d'un an après la mise en ligne d'Expertes.ma, véritable vitrine virtuelle de la compétence féminine marocaine à destination des médias.

Vers un réseau de femmes journalistes pour repenser l'Afrique

L'idée avait germé à la COP 22, lorsque Fathia El Aouni, rédactrice en chef de Radio 2M, avait reçu une jeune journaliste congolaise à la Matinale qui regrettait le manque de synergies au niveau des organes de presse africains. La première étape était donc de se rencontrer, faire connaissance pour appréhender ensemble les enjeux qui unissent l'Afrique et parler d'une voix plus forte. Au-delà de la question du genre finalement, il s'agit ici de construire un nouveau discours, commun et cohérent, porté par une digitalisation aboutie des supports, pour ne plus être limités aux stéréotypes véhiculés par les médias occidentaux. Cette volonté passera par le développement de la curiosité et de l'esprit critique des nouvelles générations qui espèrent voir l'émergence de systèmes de formation plus en ligne avec les tendances actuelles. A ce sujet, Samira Sitaïl s'est d'ailleurs engagée à recevoir en stage les étudiants en journalisme des pays voisins afin d'encourager les velléités d'ouverture et d'échange des Panafricaines.

.@Samirasitail1 aux @Panafricaines : "l'Afrique n'est pas que famines & guerres. Ni Boko Haram ! C'est celle que nous construisons" pic.twitter.com/viuWOcnmJg

— Driss El Yazami (@DrissElyazami) March 8, 2017

Après une série de workshop sur différentes thématiques, les quelques 120 journalistes, en véritables ambassadrices de leurs pays et de leurs supports, ont signé la Charte des Panafricainespour sceller les engagements et ambitions du projet en terme de parité, de protection, de formation, d'accès à l'information et de liberté de circulation des femmes journalistes.

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Invité d'honneur de l'évènement, Driss El Yazami, président du CNDH, a conclu la journée sur une présentation de la situation de la femme en Afrique en appelant à la solidarité et en rappelant qu'il ne s'agissait pas d'un combat contre les hommes, mais bien au contraire à mener avec eux, parce que finalement, "il ne saurait y avoir d'avenir digne de ce nom si la moitié de l'humanité en était bannie".